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Numérique, développement urbain et autorités locales

Pourquoi ce guide ?

Ce guide pratique, élaboré par l’AFD et l’Iddri, est destiné à accompagner les autorités locales pour relever le défi de la transition numérique avec tous les acteurs de la ville : décideur·es, équipes techniques municipales, habitant·es et usagers, opérateurs·trices ou porteurs de projets de développement urbain.

Son contenu se fonde sur des réalités de villes en Afrique, dans le monde arabe, en Asie et en Amérique latine, mais l’aide méthodologique a une portée universelle.

Comment numériser progressivement un ou des secteurs d’action de l’autorité locale ? Comment stimuler et faciliter l’innovation sur le territoire local ? Comment agir avec pragmatisme et en mode itératif « test-and-learn Test-and-learn Méthode de gestion itérative de projet. Elle consiste à avancer pas à pas, en mettant en place des chantiers sous-jacents au projet global, et de mesurer leur impact au fur et à mesure afin d’évaluer en continu leur pertinence. Les retours d’expérience rapides permettent de corriger les points faibles et de déterminer des actions à mener pour optimiser le chantier. Le projet est déployé à grande échelle une fois toutes les étapes et tests réalisés avec succès.  » ? Comment fixer des cadres et réguler l’accès et l’ouverture des données dans une démarche d’intérêt général ? Comment construire de la connaissance urbaine grâce au numérique pour mieux définir l’action municipale ? Comment lancer une démarche de transformation numérique en interne ? Comment renforcer ses capacités numériques municipales ?

Telles sont les questions auxquelles tente de répondre ce guide.

Transition numérique : les villes en première ligne

La propagation rapide des technologies et services numériques provoque depuis plusieurs années des bouleversements économiques et sociaux. Le numérique englobe une palette d’outils et solutions reposant sur les technologies de l’information, de la communication et de l’informatique (TIC) : infrastructures de connectivité, logiciels de gestion, applications pour téléphones mobiles, systèmes d’information géographique (SIG SIG Système d’information géographique : système conçu pour recueillir, stocker, traiter, analyser, gérer et présenter tous les types de données spatiales et géographiques. ), SMS, forums en ligne, bases de données urbaines, etc. Il entraîne la production exponentielle de données et le développement de nouveaux acteurs, usages et services.

Les villes, au Nord comme au Sud, sont à l’avant-garde de cette transition numérique. L’usage du terme « ville intelligente » (smart city en anglais) se répand. L’image est séduisante, mais elle est souvent articulée à une vision « solution », techniciste, souvent apportée et vendue par les opérateurs et experts des TIC eux-mêmes. De plus, les bonnes pratiques internationales correspondent dans une grande majorité à des villes occidentales ou des « grands pays émergents ». Cela restreint la smart city à l’optimisation des services urbains (Singapour), la performance territoriale (Songdo en Corée du Sud), ou encore l’intégration des données symbolisée par un centre sophistiqué de commande et de contrôle (Rio de Janeiro l’expérimentant avec IBM depuis 2010).

Les autorités locales du monde entier sont encore en phase d’apprentissage et font face à un double défi :

  • le soutien à la production dématérialisée de données urbaines et leur exploitation pour améliorer la gestion de la ville,
  • les effets d’immédiateté, de réactivité et de transparence dans les échanges entre tous les acteurs du territoire.

La ville intelligente comme accélérateur des ODD ODD Objectifs de développement durable : ces dix-sept objectifs ont été adoptés par les Nations Unies en septembre 2015. Ils constituent un cadre d’action commun à tous les pays du monde pour éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir la paix et la prospérité pour tous.

Ce guide défend que les actions qui relèvent de la smart city ne doivent pas se situer dans une logique d’offre « clés en main » de services numériques sans prise avec le terrain et les usages de ces services. Au contraire, une ville réellement intelligente est une ville qui s’engage dans une démarche qui part des usages et des problèmes locaux, analyse la demande, cherche des solutions numériques – techniques et organisationnelles – adaptées et apporte une réponse simple et accessible.

Les usagers des outils numériques peuvent être les citoyen·nes, mais pas seulement. Des services numériques peuvent être destinés aux administrations locales et aux entreprises, ou peuvent viser à faciliter les relations entre ces différentes communautés d’acteurs. Le terme générique d’« usager » désigne donc les différents groupes cibles susceptibles d’utiliser des services numériques en fonction des contextes.

La smart city revêt ainsi une dimension humaine et institutionnelle qui en fait « la » condition de succès pour une ville engagée dans une transition numérique durable. Elle combine le hard des infrastructures numériques avec le soft de « solutions » qui peuvent être simples et bon marché, et répondent à des préoccupations immédiates pour les autorités locales et leurs citoyen·nes.

En résumé, la smart city est un levier, sans être une fin en soi, puisque sa finalité est de contribuer aux Objectifs de développement durable (ODD ODD Objectifs de développement durable : ces dix-sept objectifs ont été adoptés par les Nations Unies en septembre 2015. Ils constituent un cadre d’action commun à tous les pays du monde pour éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir la paix et la prospérité pour tous. ).

Les autorités locales ont une forte responsabilité pour orienter la transition numérique de leur territoire, réguler la génération des données et leur exploitation et mettre en synergie les parties prenantes. Elles doivent s’approprier cette nouvelle compétence et favoriser une « bonne gouvernance » des démarches, usages et outils numériques.

Le numérique : une opportunité à ne pas manquer

Le numérique est sans aucun doute porteur d’opportunités pour les villes. Il permet de faire un bond technologique, autrement dit de sauter certaines étapes de développement et/ou de s’affranchir d’outils expérimentés par des pays plus anciennement industrialisés. On peut citer les secteurs du mobile banking, de la téléphonie mobile, de le-santé ou de l’e-éducation. Pour les villes en développement, les perspectives sont également considérables : cadastre numérisé en l’absence de cadastre classique, cartographie digitale faite par les habitant·es de quartiers hors de tout recensement…

Les outils numériques permettent également une immédiateté dans le pilotage de l’action urbaine : ils traversent les frontières géographiques et administratives, apportent des informations en temps réel et réduisent les délais pour passer à l’action. Ils permettent de nouvelles méthodes de gestion de projet, plus agiles et expérimentales, et de nouveaux modèles économiques.

Les usages numériques générés par les habitant·es et citoyen·nes permettent également aux autorités de mieux connaître et reconnaître les activités informelles, pour en faire un atout et non une contrainte à son développement.

Le risque de « décrochage » numérique des autorités locales

Les autorités publiques nationales et locales doivent se saisir du sujet du numérique, faute de quoi elles seront en décalage par rapport à leurs citoyen·nes, et seront dépassées par les grands groupes (de téléphonie et de l’Internet en particulier) et autres innovateurs.

Dans les pays en développement où une population jeune et urbaine est de plus en plus connectée, l’adoption des usages numériques est exponentielle, et a lieu sans intervention publique. De grandes plateformes privées disposent ainsi de mégadonnées (big data Big data
Littéralement « grosses données » ou mégadonnées. La production de données du monde numérique a changé d’échelle au niveau de 3 « V » : le volume, la vélocité (vitesse de production en temps réel) et la versatilité (multiples sources et types de données). Ce nouveau paradigme impose un changement d’outillage informatique, tant au niveau de la capture, du stockage, de la recherche, du partage, de l’analyse et de la visualisation de ces données. Le big data permet de produire des informations souvent inédites pour le marketing, la recherche, l’optimisation de process métiers, le sport, etc.

) exploitées de manière lucrative.

Il existe ainsi un risque de « décrochage » de la part des autorités locales qui peut se manifester par le développement de services numériques alternatifs par des tiers venant perturber l’efficacité ou concurrencer les services publics locaux. Autre risque, l’autorité locale peut n’avoir qu’un accès limité ou incomplet aux données produites par les usagers et entreprises de « son » territoire, ce qui la prive d’un matériau essentiel pour la planification urbaine et les politiques urbaines.

Il n’est pas gênant que les grandes entreprises nationales ou internationales soient d’importants générateurs de données. Mais elles ne sont pas garantes de l’intérêt général et les autorités locales doivent réguler la mise à disposition et l’exploitation de ces données territoriales.

Ce guide encourage les autorités locales à définir des règles du jeu claires et initier des partenariats avec les autres parties prenantes de leur territoire pour se (re)mettre au centre de la gouvernance numérique locale.

Les risques du numérique liés au manque de pilotage municipal

  • Risques économiques : hégémonie ou monopole de grandes plateformes, privatisation des données, disparition ou précarité des emplois.
  • Risques écologiques : doublonnage d’infrastructures (en l’absence de pratique de mutualisation), excès de consommation énergétique et empreinte carbone des TIC, manque d’appréhension du cycle de vie des infrastructures et objets connectés.
  • Risques sociaux : inégalités d’accès et d’usage, discrimination, addiction, manque de respect de la vie privée.
  • Risques politiques : contrôle et surveillance menaçant les libertés individuelles, déconnexion par rapport aux revendications sociales et démocratiques.

Le besoin d’accompagnement des autorités locales

La transition numérique d’une autorité locale nécessite un fort portage politique et un accompagnement dédié pour faciliter l’appropriation des nouveaux outils par les usagers et pour bien les orienter vers un développement durable et inclusif du territoire local. Passer de la promesse de la « ville intelligente » à la réalité du numérique en ville requiert donc un renforcement des capacités des autorités locales pour concrétiser et piloter le changement.

Bien maîtrisés et intégrés à l’action urbaine, les outils numériques peuvent permettre de gagner en efficacité, de susciter de nouvelles collaborations, de faciliter la co-construction de l’action urbaine. Il s’agit pour les autorités locales de conduire un changement selon les quatre objectifs opérationnels suivants :

  • numériser les modes d’action des autorités locales elles-mêmes et améliorer leur interaction avec les citoyen·nes ;
  • concevoir et mettre en œuvre de nouveaux modes de communication et d’échanges entre acteurs (public, privé, société civile) ;
  • intégrer progressivement les TIC dans les compétences des autorités locales pour en améliorer l’impact, l’efficacité et la redevabilité ;
  • réguler et piloter la gouvernance du numérique à travers des cadres réglementaires, des partenariats, des dispositifs juridiques sur la gestion de l’information.

Un faible taux d’équipement informatique, le manque d’accès aux outils numériques, la faiblesse ou l’absence de systèmes d’information numérisée ne sont pas des freins en soi : toute ville, en fonction de sa situation de départ, peut définir des objectifs en lien avec son territoire et ses besoins. La faiblesse des finances locales n’est pas non plus un obstacle : il existe des outils numériques simples et abordables qui peuvent être facilement mis en place et avoir des effets significatifs.

L’accompagnement des autorités locales et un temps d’appropriation suffisant sont indispensables pour initier la démarche et lever les résistances au changement.

La transition numérique d’une autorité locale nécessite un fort portage politique et parfois un accompagnement dédié pour bien concevoir les outils à partir des besoins et attentes, et pour faciliter leur appropriation par le personnel municipal ou par les citoyen·nes-usagers.

Passer de la promesse de la « ville intelligente » à la réalité du numérique en ville se fondera donc sur un renforcement des capacités des autorités locales pour concrétiser et piloter la transformation numérique.

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