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Aménager pour les plus vulnérables


Étape 4

Commencer par des actions pilotes pour tester des solutions simples

Objectif

Concentrer ses efforts sur un enjeu de planification ou une zone vulnérable pour lesquels les données vont faire la différence.

La génération accrue de connaissances grâce au numérique doit permettre de mieux orienter les décisions des autorités locales. En ce qui concerne les villes en développement, le travail de diagnostic et de cartographie de zones urbaines, en croissance rapide, reste bien souvent incomplet ou inexistant. La réponse des autorités locales ne peut donc être que partielle, mais les outils numériques permettent progressivement de disposer d’une masse d’informations sectorielles et actualisées.

Lorsqu’il s’agit de prendre des décisions d’aménagement urbain spécifiques à l’amélioration des conditions de vie des plus vulnérables, l’enjeu pour l’autorité locale est double :

  • en situation « normale », utiliser les données existantes et celle générées par les habitants afin de pouvoir concevoir des réponses adaptées aux usages et aux conditions d’urbanisation, qui favorisent l’inclusion des populations ;
  • dans l’urgence, coordonner l’action publique sur un territoire mal connu, notamment dans des situations critiques de catastrophes naturelles où les populations sont en danger.
Initiative

MapKibera : cartographie participative
Nairobi, Kenya

Des outils numériques alimentés par des images satellites et par la connaissance des habitant·es permettent de cartographier un quartier précaire non planifié, d’identifier les zones à risques et d’améliorer la sécurité.

L’initiative MapKibera a été mise en place au sein du quartier de Kibera à Nairobi (Kenya) début 2009 pour améliorer la prise en compte des communautés par les acteurs intervenant dans les quartiers précaires. Il s’agit de l’un des plus grands quartiers non-planifié de Nairobi, sans cartes, adresses ni recensement des rues et équipements publics.

Une carte digitale gratuite et ouverte a été créée sur OpenStreetMap qu’une communauté de jeunes Kiberiens volontaires, formés par des géographes, se charge de mettre à jour.

L’enregistrement et le recensement de la localisation des services, marchés, écoles, cliniques, pharmacies, toilettes, points d’eau dans le quartier, ont permis de créer une base de cartographie. Les données ont été collectées par les membres des communautés locales via des équipements GPS et complétées par des questionnaires aux habitants. La mise à disposition d’un équipement informatique a permis d’éditer et mettre les informations cartographiques en ligne.

L’initiative a ensuite développé des services complémentaires :

L’initiative a essaimé dans les quartiers de Mathare et Mukuru à Nairobi.

http://www.mapkibera.org/

À retenir

  • Cette initiative s’est développée sous l’impulsion d’ONG et a permis de collecter des informations potentiellement utiles pour l’intervention publique et l’autorité locale.
  • Les outils cartographiques ont été de véritables outils d’empowerment et de valorisation des habitant·es.

Dans les deux cas, le numérique permet l’ouverture à la production de connaissances par les populations, bénéficiaires des investissements à réaliser. L’autorité locale peut se saisir de technologies à bas coût (GPS, SMS, systèmes cartographiques en ligne) pour aider à la prise de décision et partager l’information à travers les réseaux sociaux. Les décisions sont plus légitimes car elles se fondent sur les données générées par la société civile et les habitants.

Le risque est d’être « submergé » par la quantité de données et d’informations produites rapidement et massivement par la mobilisation citoyenne. Il est donc nécessaire de réaliser un travail amont préalable :

  • concevoir un système d’information géographique qui permet d’enrichir progressivement les données et de les combiner en fonction des besoins du moment ;
  • identifier la vulnérabilité des équipements publics aux risques, les centres d’évacuation et les routes d’accès pour les services de secours ;
  • s’équiper en systèmes d’alertes activables par SMS.
En pratique

Identifier des actions pilotes rapides et simples pour tester la numérisation des outils de l’aménagement urbain et de la gestion des risques locaux

Identifier un enjeu prioritaire d’aménagement urbain qui peut être abordé avec une solution numérique

En situation « normale », la création de données, statistiques et cartes, vise-t-elle à permettre :

  • la régularisation foncière de quartiers précaires ?
  • l’identification des manques d’équipements publics à fournir ?
  • la définition et la prévision de l’étalement urbain ?
  • l’anticipation des impacts des aléas sur les populations, les infrastructures ?

En situation de crise, les outils numériques doivent faciliter la communication entre :

  • les services d’urgence, de protection civile et de santé ?
  • les populations et les autorités pour les informer ? Pour les secourir ?
  • les ONG et les autorités publiques pour se coordonner ?

Délimiter un périmètre expérimental pour tester la solution

  • Quelles sont les zones prioritaires qui souffrent d’un déficit d’aménagement ?
  • Quelle zone pilote puis-je tester pour numériser mon plan de zonage et cadastre ?
  • Quels sont les équipements publics les plus vulnérables en cas de catastrophe ?
  • Quelles sont les procédures d’aménagement urbain ou de réponse d’urgence les plus longues ?
Boîte à idées

Le numérique pour la réduction des risques et catastrophes (RRC)

  • Cartographie des zones d’exposition sur la base de données météorologiques, sismiques…
  • Croisement de cartes d’exposition aux risques et des zones d’habitat, y compris précaires.
  • Géolocalisation des équipements publics d’accueil en cas d’urgence.
  • Stratégies de communication de crise via les réseaux sociaux.
  • Modélisation de la vulnérabilité des ouvrages publics critiques.
  • Modèles d’optimisation des parcours des véhicules d’urgence.
  • Outils de simulation de crises pour anticiper les réponses.
  • Drones pour contacter des zones inaccessibles.
  • Coordination en temps réel des services de secours, protocoles et centres de commandes intégrés.
  • Système d’alerte et de localisation de personnes en danger par SMS.
  • Campagnes en ligne d’information et de sensibilisation aux risques.
Initiative

Open Cities Project : une cartographie des risques
Katmandou, Népal

Une cartographie des infrastructures et des équipements, une application mobile pour signaler les problèmes et un système cartographique interactif pour informer le public des projets dans les quartiers.

Katmandou a bénéficié en 2012 d’un partenariat entre le gouvernement central et Global Facility for Disaster Reduction and Recovery géré par la Banque mondiale pour améliorer la prévention et la préparation aux risques sismiques. Le projet promeut l’utilisation de données ouvertes au service de la résilience urbaine. Il permet de numériser le cadre bâti, le réseau de voirie et autres équipements critiques, et de caractériser leurs vulnérabilités à un aléa donné pour pouvoir ensuite organiser les interventions nécessaires.

Des étudiant·es et des résident·es ont été mobilisé·es pour créer une carte de la vallée sur OpenStreetMap. La collecte des données a été effectuée en mettant en place des mécanismes de crowdsourcing Crowdsourcing L’« externalisation ouverte » en français consiste en l’utilisation des informations, de la créativité, de l’expertise ou de l’intelligence d’un grand nombre de personnes par l’intermédiaire d’une plateforme. Dans une approche économique, il peut s’agir de distribuer un grand nombre de tâches à moindre coût. Dans une approche collaborative, sociale ou altruiste, il s’agit de faire appel à des réseaux spécialisés ou au volontariat du grand public pour collecter ou traiter de l’information. et en formant une communauté locale de volontaires : la première année, plus de 2 300 personnes ont participé aux ateliers de formation.

Différents dispositifs ont été mis en place :

  • une cartographie des infrastructures et des équipements (hôpitaux, écoles, routes d’évacuations) ;
  • une application mobile qui permet aux citoyens de signaler et de cartographier les dysfonctionnements urbains (trous dans la chaussée, dépôts de déchets illégaux…) ;
  • un système cartographique interactif qui permet d’informer le public des programmes et projets dans les quartiers.

Lors du séisme de 2015, cette équipe a centralisé les informations via une plateforme en ligne (Quake) pour répertorier les besoins des personnes affectées et coordonner les actions de sauvetage et humanitaires entre organisations de la société civile, groupes de volontaires et protection civile. La technologie Ushahidi (envoi des informations par SMS par l’application ou par la géolocalisation d’appels vocaux) a également été mobilisée pour localiser les victimes.

Une ONG locale, Kathmandu Living Labs, a été accompagnée pour assurer la gestion et la maintenance du dispositif et assurer la formation des contributeur·trices sur le long terme.

http://www.opencitiesproject.org/cities/kathmandu/

À retenir

  • Des outils techniques gratuits ont été mobilisés pour cartographier l’existant et contribuer à améliorer la réduction des risques de catastrophes.
  • La coordination des différents acteurs est facilitée par les TIC. L’expérience est reproductible pour les municipalités qui peuvent impulser ce type de projet partenarial.
Initiative

Dhaka-Innovate : cartographie de l’informel par télédétection
Dhaka, Bangladesh

Une cartographie des bidonvilles pour étudier les tendances de l’urbanisation et de la propagation de la pollution et des maladies.

En 2013, une équipe de recherche de la Humboldt University of Berlin a analysé les données satellite de Dhaka pour la période 2006-2010. Partant du constat que le manque de connaissances sur l’occupation spatiale d’une ville, notamment des quartiers informels, est un frein à l’action publique, l’objectif était de cartographier les bidonvilles de Dhaka.

L’étude s’est déroulée à distance par télédétection en utilisant plusieurs sources de données jusqu’alors éparses et sous-utilisées :

  • l’imagerie satellite de haute définition Quickbird sur la période 2006-2010 ;
  • le rapport « Slums of Urban Bangladesh, Mapping and Census 2005 » qui a recensé les quartiers précaires de Dhaka en 2005 ;
  • des photos géolocalisées plus anciennes et Google Earth.

Ces données ont été intégrées sous un même format dans un SIG SIG Système d’information géographique : système conçu pour recueillir, stocker, traiter, analyser, gérer et présenter tous les types de données spatiales et géographiques. . Une analyse en termes d’impacts sur la santé publique a pu être menée : elle a notamment permis d’intégrer les dynamiques informelles sur le développement de Dhaka et sur les changements environnementaux. Le traitement des données a permis de développer un modèle prédictif des tendances de l’urbanisation et de la propagation de la pollution ou des maladies.

http://www.megacities-megachallenge.org/dhaka3.php
http://gdi.geo.hu-berlin.de/wiki/Dhaka

À retenir

  • L’appui d’une université à cette action de collecte, traitement et cartographie des bidonvilles a été une condition de succès.
  • Les données harmonisées et géolocalisées dans une base publique peuvent être réutilisées pour étudier d’autres processus et enjeux de développement.
Boîte à idées

Le numérique pour la réhabilitation de quartiers précaires

Initiative

Cartographie participative de quartiers précaires
Dar es Salaam, Tanzanie

Des cartes pour prévenir les risques et un système de reporting citoyen.

Dar es Salaam est particulièrement vulnérable aux inondations et 70 % de la population vit dans des quartiers informels. Afin de réduire la vulnérabilité de ces zones d’habitat précaire aux risques et d’améliorer la préparation à la gestion des catastrophes, la municipalité a impulsé la cartographie de Tandale, un de ses plus grands quartiers précaires, en 2013.

Sur inspiration de l’initiative MapKibera (Kenya), des étudiants en planification urbaine et les habitants ont été formés et mobilisés pour recenser l’ensemble des équipements existants sur OpenStreetMap, dans une logique de sensibilisation à la solidarité et de renforcement de capacités.

Des logiciels gratuits en open source Open source Code source ouvert : s’applique aux logiciels dont la licence respecte des critères précisément établis par l’Open Source Initiative (), c’est-à-dire les possibilités de libre redistribution, d’accès au code source et de création de travaux dérivés.

(GeoFabrik et Tilemill) ont ensuite été utilisés pour publier les cartes sur Internet. Des drones ont permis d’identifier les zones les plus susceptibles d’être touchées par les inondations. Ce travail a produit des cartes d’exposition aux risques et des voies d’évacuation, permettant également d’identifier les zones où les inondations pourraient provoquer des épidémies.

En 2017, les données collectées, traitées et publiées couvraient 1,3 million de personnes et ont nourri des outils en ligne (OpenStreetMap et InaSAFE – module pour QGIS) qui peuvent être utilisés par les communautés, sans connaissances de programmation préalables. Les financements ont servi à créer les cartes, mais aussi à mettre en place les ressources nécessaires pour l’exercice de reporting citoyen (identification de foyers d’épidémie, etc.). Une plateforme de type Ushahidi (utilisation de SMS ou d’appels vocaux pour recenser les informations) a été mise en place.

http://explore.ramanitanzania.org/

À retenir

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